Le blog du MiroirAuxEssences. "Depuis plus de 10 ans, ma vie est consacrée à mettre les Huiles essentielles sur le chemin de la connaissance".

Consommation de sucre et décadence

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Paradoxe

A la droite du couloir, entre deux colonnes en marbre, s'élevait une riche console Vénitienne de deux mètres de long dont le cadre doré des miroirs semés d'étoiles d'or représentait toutes les générations de la famille maternelle. Quarante mille ampoules enfermées dans des globes fluorescents éclairaient l'intérieur du couloir en tommettes marron que ma mère affectionnait avec tant de félicité tant il était la multiplicité de ses choix. Un immense escalier en pierres blanches portait trente marches qui s'élevaient en arc de cercle sur le premier étage. Là, sur un palier orné de lattes en chêne s'ouvraient  trois chambres et un bureau.

Au retour de l'école, déposant mon cartable,  je pris place ensuite devant la console au milieu du couloir. Je n'ai jamais su pourquoi mais une antenne négative semblait sortir des compartiments de  celui-ci. Par ailleurs, il n'a pas fallu longtemps pour qu'un bruit me fasse lever la tête car une porte venait de s'ouvrir, et des talons menaçants s'étaient mis à claquer sur le palier. Avec effroi je le refermais prestement,  j'avais compris qu'elle allait descendre. Sans doute à l'époque, avais-je bien des choses à me reprocher alors je m'étais mise à reculer contre cette glace du couloir, avec crainte, mais aussi et surtout partagée entre la surprise de la savoir déjà là alors que je me croyais seule et le sentiment que je n'étais, tout comme mon cartable, pas au bon endroit, au bon moment.

Il n'y eut bientôt que nous dans ce couloir et chacune des deux se trouvait l'une en face de l'autre. Je demandais la permission à ma mère de me retirer dans ma chambre mais elle ne répondit pas.

Folcoche avait pris place devant la console qui respirait les odeurs de parfums des fleurs placées dans un vase précieux mêlées à celles des essences diffusantes qu'elle s'appliquait sur le dos. Une douce musique qui n'allait pas manquer de s'ensuivre...

En effet, Yvonne éprouva la plus grande honte de sa vie, le jour où la maîtresse traita son enfant de voleuse, au moyen d'un mot écrit à l’intérieur du carnet de scolarité. Elle le trouva glissé à l’intérieur du petit manteau pendu dans l'entrée au fer forgé familial. C'est au retour de la classe, près du cartable,  qu’elle avait eu l’humiliation de lire que sa fille, avait fauté.

"Il faudra bien qu'elle se fasse à mes idées".

Effectivement, je ne les avais jamais ni comprises, ni aimées. Son régime qui consistait à se nourrir de végétaux, et à vouloir en faire nôtre, me marginalisait vis-à-vis des autres enfants et mon cœur, à force de vexations, avait conçu pour elle de l'indifférence mais aussi de la colère. Et puis, la retenir, forcer sa porte, pénétrer n'importe comment l'espace de son sale caractère, créatif certes, mais qui m'était fermé, était une tâche perdue d'avance, irréalisable.


Dans mille ans encore, je rechercherai le principe moral qui pourrait expliquer la pénurie de ses sentiments et des miens. A l'époque, il nous avait été impossible de nous aimer, et par voie de conséquence, de se parler naturopathie.

Sans vouloir excuser pareil larcin de goûter, la coupable n’était pour l'heure, pas celle que l’on croit. Quand était tombé le rapport de Colette, la bonne, appelée ici pour la circonstance et qui s'était mise à parler de ce qu'elle avait entendu,  Yvonne lui avait rétorqué, courroucée, que d’avoir à beurrer des tartines à la confiture pour le goûter de sa fille, n’avait jamais traversé son esprit. En effet, son opinion en était faite au sujet de ces quatre heures trop sucrés. Il ne s'agissait pas moins de désobéissance de ma part et les conséquences des actes de cette petite écervelée, allaient être sans limite. Jeanne avait outrepassé ses interdictions, la correction allait tomber.

Après avoir replacé une mèche de ses cheveux face au miroir, elle m'avait regardée. Elle avait les bras tendus, les mains agitées, les épaules qui frissonnaient, elle avait voulu m'attraper tout à la fois me retenant et m'écartant. Il y avait eu dans ses yeux une indicible colère imbécile car elle n'y était pas arrivée.

Elle : "Pourquoi voles-tu" ?

Moi sans lui répondre : "Comme nous nous mélangeons, chère Mère, que dis-tu ? Laisse-moi, sous ton regard qui me fréquente, rester à tes pieds. Veuillez reculer Madame, fille d’Esculape, honorée dans ton foyer, vous me chavirez, divinité ".

Mais la haine a de la constance, et face à la grande glace de style Rococo de l’entrée, endroit vaste tout en longueur propice à une grande liberté d’action :

"Tu vas recevoir une raclée".

" Au moins, te souviendras-tu, une fois dans ta vie, qu'il t'est interdit de manger des bonbons. C'est du poison, comment faut-il te le dire ? De quelle espèce es-tu pour me désobéir ainsi" ?

Brusquement une gifle avait claqué, ma joue mal conditionnée s'était laissée prendre, tandis qu'elle répétait inlassablement :

"Une dernière fois, tu ne fauteras plus dans ta vie "!

"Si ! Si ! …chère mère".


La correction fût magistrale et absolue. Je n'avais opposé qu'une résistance assez faible car l'ennemi était de taille. Il m'avait semblé que cela durait. L'avoir entendue ainsi me haranguer, avoir senti sa main me frapper, l'émotion qui m'avait étreinte avait été à son comble. J'étais tombée sous le sabre de Folcoche comme les moissons de son blé fauchées par les mains de ses amis végétariens.

Comme je n'avais jamais répondu, ma mère, au comble de l'hystérie, avait fait quelques pas dans ma direction. Tournant le dos au mur où il y avait la glace, je l'avais vue soudain contre moi - Allait-elle encore taper ! Oui. Mais avant, elle était restée là, penchée en avant de moi, le nez dans mon nez, tel un serpent qui avait voulu m’encercler, tandis que je la couvrais de regards au lieu de baisers ; mais déjà, en vérité, ses mains persécutrices s'étaient relevées. Insouciantes,  elles avaient décroché de l’autel les pierres qui s’y trouvaient pour en orner les bagues à ses doigts et les bracelets à ses poignets.


Le soleil déclinait à l'aube, il se devinait tel un traître derrière les rideaux en contre-jour. Avec la lourde cloison d'entrée insensée, achevant de donner de l'ombre, il n'avait plus servi à rien. Tant de rayons avec leurs prétendues douceurs jusqu'aux nues dans leurs rôles réparateurs, s'abîmèrent dans le couloir. Il n'en resta que d'infimes tracés sur les tommettes où nous nous étions entrelacées,  avec les rubans jaunes pâles et mourants. C'est dire s’il nous avait narguées. La Lune avait fait disparaître le soleil.


Tout ceci l'avait épuisée, elle avait commencé à frapper avant de parler ; mais s'étant redressée très vite comme mue par une idée charitable, elle avait déplié, sans tendresse, de son corsage en soie, un de ses délicats mouchoirs brodé aux tons mordorés dans la couleur de ses yeux et j'avais cru qu'elle allait me le tendre. Comme je le fixais par convenance, elle s'était emportée et avait aboyé :

“ Écoute fille indigne, d’où proviennent ces sucreries collantes que j'ai retrouvées dans tes poches ? Alors que tu n’ignores pas depuis longtemps mes interdictions à ce sujet. Les enfants alimentés de bonbons et abreuvés de gâteaux sont tous en mauvaise santé et bêtes de mille manières possibles”.

"J'ai froid", avait dit soudain Salus puis elle s'était enveloppée dans sa veste de laine trop sombre, car j'avais approché ma main de son bras.

"Souviens-toi des versets de l'Ecriture," - "Qui vole un œuf, vole un bœuf"

"Pars dans ta chambre".

Ses yeux tournés vers l'étage, elle m'indiqua le chemin. Là se trouvait ma chambre, une pièce tapissée du bleu de ses yeux, située à côté de la suite nuptiale qu'elle occupait avec son mari, mon père. Leur mur de séparation de la mienne était caché par des placards donnant une impression de hauteur, mais à quoi bon avoir séparé un empire d'un autre, qui n'était qu'un lieu de communauté.

Je repris mon cartable, abandonnant l'entrée qui m'était redevenue douce puisqu'elle l'avait quittée pour retrouver mon oiseau prisonnier de sa cage; personne n'y avait pénétré jusqu’au lendemain, compensation inespérée.

A dix heures précises, couronnée d’herbes médicinales, Folcoche, une poche de tisane à la main avait descendu son trône et l'escalier pour ramasser la patère laissée à l'abandon sous la console baroque. En haut, le chat avait miaulé. Alors j'étais sortie de ma chambre pour chronométrer son temps de descente, il avait toujours été fonction de son humeur. Elle avait haussé les épaules en me voyant, baissant les yeux en direction de son poignet, pour indiquer l’heure à la bonne. Glissant lentement sur les marches, elle avait déclaré :

"Il est temps pour le thé de Jean et c'est moi que le prépare" !.

Un ange passa...






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